Article le Devoir – 23 juin 2008

An article published in the Montreal daily newspaper leDevoir (June 23rd )
Patrick, Mania, Nicolas & Laurie in Milan
Design – La Samare s’entiche de la babiche

Léa-Catherine Szacka
Édition du lundi 23 juin 2008

Mots clés : Salon international du meuble, Samare, Design, Italie (pays), Québec (province)

Vous vivez au pays de l’érable, mais vous n’avez certainement jamais entendu parler de la samare. La samare, c’est ce petit fruit à deux ailes qui tombe comme des hélices du haut des érabliers. Samare, c’est aussi le nom que s’est donné un tout nouveau collectif de designers québécois (composé de Mania et Laurie Bedikian, de Nicolas Bellavance-Lecompte et de Patrick Meirim de Barros) retenu pour représenter l’avenir du design de meuble à la section Satellite du Salon international du meuble de Milan, du 16 au 21 avril dernier.

Le concept proposé par Samare est simple mais original: plutôt que d’imiter le design scandinave, comme l’ont souvent fait les designers québécois des générations précédentes, Samare entend revisiter les emblèmes nationaux afin de les transposer dans des objets contemporains.

Inspirée par la tradition amérindienne, la toute première collection de meubles de Samare a été lancée en grande pompe à la galerie Commissaire de Montréal le 28 février dernier. Bravant la neige, plus de 300 personnes se sont déplacées pour l’événement «Babiche nouvelle». Nommée Awadare, terme aborigène signifiant «nous y vivons», cette collection présente différents modèles de meubles mêlant des structures métalliques géométriques à un tressage en babiche, le traditionnel cuir utilisé par les Premières Nations de l’est du Canada lors de la confection de raquettes.

Le plus important

Pourtant, c’est d’avoir été retenu pour le salon Satellite à Milan qui a donné le coup d’envoi à Samare. Comme le rappelle Laurie Bedikian, «le salon Satellite existe depuis onze ans, mais c’est la première fois que des Québécois y sont présents». Dans le secteur de l’ameublement, la foire de Milan est le plus important rendez-vous de l’année. Grâce à l’appui du gouvernement du Québec et de Design Montréal, Samare a pu se rendre à cet événement d’échelle mondiale et ainsi profiter d’une couverture médiatique internationale. Déjà. À l’heure qu’il est, le nom de Samare a été mentionné dans les magazines Domus, Abitare et Exibart.

À leur stand du Salon du meuble, Samare présentait le tabouret Mountie, dont la structure métallique peinte en rouge fait référence à la police montée canadienne, la chaise longue Mush!, rappelant le traîneau à chien nordique glissant sur la neige, la table Provinciale et ses chaises Territoires, la majestueuse chaise Capitaine ainsi que le secrétaire Fédéral et sa chaise Métis. La réaction du public et des journalistes face à ces objets? «Les gens sont intrigués par la babiche», raconte Nicolas Bellavance-Lecompte, «la plupart n’ont jamais vu cette matière et sont étonnés de voir que ce cuir, tressé lorsque encore mouillé, peut être aussi résistant et confortable.»

Une fête de lancement

Pour promouvoir encore davantage leur nouvelle collection, les membres de Samare ont décidé d’organiser une fête de lancement hors Salon. «Nous avons eu la chance de pouvoir sortir une pièce du Salon», raconte Patrick Meirim de Barros. Ainsi, les membres de Samare ont créé, le 18 avril dernier, un événement au centre-ville de Milan autour du dévoilement de la chaise Capitaine, une chaise majestueuse inspirée du fauteuil en bois importé d’Angleterre par les premiers colons. Intitulée «Le temps des sucres», cette fête ressemblait à une version italo-rock de notre bonne vieille cabane à sucre. Au menu: minicrêpes, sirop d’érable, canneberges, tire sur fausse neige et bière Unibroue.

Après Milan, le collectif prévoit participer à d’autres salons du meuble en Europe et en Amérique du Nord. Selon l’attaché économique du Québec à Milan, Ugo Poletti, Samare a fait office de pionnier: «Depuis que les gens savent que Samare a été choisi pour participer au Salon du meuble de Milan, plusieurs designers québécois m’appellent pour savoir comment s’y prendre pour faire de même.»

Les quatre fondateurs de Samare se sont connus il y a presque dix ans, lors de leurs études à la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. C’est lors d’une visite au Salon du meuble de Milan, il y a deux ans, qu’ils ont eu l’idée de se lancer en affaires. Pour se distinguer dans l’univers du meuble, ils ont décidé de miser sur la tradition et l’histoire du peuple québécois. Pourtant, ironiquement, alors que Mania et Laurie Bedikian sont d’origine arménienne, Patrick Memrim de Barros est né dans une famille portugaise. Seul Nicolas Bellavance-Lecompte, aujourd’hui exilé à Milan, est Québécois de souche.

Bien que de facture traditionnelle, Samare est un collectif tout à fait moderne. Entre Milan et Montréal, les meubles de ce groupe ont été créés grâce aux technologies modernes, à Internet, à la webcam et, surtout, à Skype. Le collectif Samare représente bien le Québec d’aujourd’hui: un mélange de jeunes gens d’origines diverses, portant bien souvent des noms de famille composés et étant très ouverts sur le monde.

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Collaboratrice du Devoir

~ par szackablog le juin 24, 2008.

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